le sujet le plus malcommode à méditer, parce qu’il échappe sans cesse à toute fixité, le temps, impose à notre conscience avec une telle force sa
loi que nous en venons à la trouver naturelle. Pourtant notre esprit ne peut
s’accommoder d’un univers qui n’est que perpétuel changement même si nos
perceptions fondent leur essence dans la différence d’odeur, de goût, de
ton. Il faut admettre deux niveaux de réalité, macroscopique et
microscopique et constater que la conscience évolue dans le premier.
Cependant, même à un niveau sensible un regard critique sur les véritables
effets au temps est un plongeon dans un abîme insondable, rien n’est qui ne
se défait, ne se modifie, ne s’estompe sans qu’on puisse jamais crier qu’il
existe. le moment est un éternel fuyard que nous ne pouvons saisir car il
nous contient et nous draine. Mais ne serait-il pas un des buts de Ia
méditation que de nous abstraire de ce courant ? l’absence de perceptions,
de repères dans le monde matériel est une condition sine qua none pour
quitter un état de conscience trop dépendant de l’environnement. le débat
reste ouvert, peut-on réellement en tant qu’entité vivante s’abstraire
consciemment au temps ? Tout change par apparition et mort, écroulement et
construction et sans que notre esprit en soi affecté sinon par le regret ou
l’envie. Il y a en nos mémoires les traces lumineuses qui nous protègent des
abîmes de la folie; les preuves du passé recouvrent les murs et jaillissent
des magnétophones, des images et des sons que nous nous prenons comme
authentiques témoignages d’une réalité qui n’existe plus et que nous
prolongeons par le souvenir. Mais il ne s’agit que du résultat des efforts
de notre esprit alors que la réalité vraie si tant est que l’on puisse la
définir par son absence est ailleurs, dans l’horreur au constat qui anéantit
toutes nos résistances au temps: ce qui n’est plus, n’est pas.
